À peine ai-je eu le temps de rentrer du taf et de commencer à sentir monter mon cocktail gin-tonic-concombre-médocs que j’entends la porte s’ouvrir : ma bourgeoise est rentrée. Mon drink chimiquement gonflé s’avère libidinal, ah putain elle est bonne dans son tailleur, j’ai bien envie de lui brouter la chatte là tout de suite pour ensuite la retourner et l’enculer. Mais c’est direct le râteau, avant que j’aie pu même tenter de lui signifier mon désir. Elle aboie un « Bonsoir, chéri ! » et se précipite dans la salle d’eau, puis dans sa penderie, et retour dans la salle d’eau, et re-penderie. Et déboule dans le living-room, demi-pétasse à moitié nue et moitié maquillée : « Secoue-toi, ce soir c’est le vernissage à l’Excelsior, mais… ah bravo ! Tu es high, fantastique ! La limousine est là dans 30 minutes, démerde-toi pour être présentable et lucide d’ici là. »
L’Excelsior. Merde. J’avais complètement oublié. Elle chope une clope aux amphètes et repart se pomponner devant l’immense miroir. Du sofa je la mate lubriquement se faire belle. Je la joue tranquille : présentable, je le suis déjà dans mon costard trois-pièces. Plus que présentable même, j’ai la classe. Quant à ma lucidité, ou du moins ma vivacité d’esprit, un peu de métacocaïne résoudra le problème. Mais elle ne me lâche pas, elle est faite d’une splendide chair, certes, il n’empêche que c’est une emmerdeuse : « Et par pitié upgrade ta neuropuce, je ne veux pas me retaper la honte de la garden party chez Gaga. »
Gaga. Elle ne me le pardonnera jamais. Des scientifiques tarés ont cryogénisé le cadavre de Lady Gaga. C’était il y a bien longtemps, le système n’était pas encore au point. Du coup quand la technologie a permis de la décongeler, elle est revenue parmi nous morte-vivante vaguement débile et plutôt instable. Et c’est là qu’on se pointe à sa putain de party. Et que ma neuropuce part en vrille. Un hacker congolais explose le pare-feu de la puce et pénètre mon cerveau, je pète les plombs et pisse longuement dans la fontaine de margarita. Voyant cela, Lady Gaga serre du cerveau et se met à hurler la première strophe de Born This Way en boucle alors que je finis par vomir sur la belle-mère de l’ambassadeur du Califat Fridolin.
La voix de ma femme m’extirpe de ce douloureux souvenir : « Nous devons être au top, toute l’intelligentsia pédosocialiste sera là et je dois absolument conclure ce contrat avec Andrée-Brakha la semaine prochaine. Oh mon dieu, je suis si excitée ! Te rends-tu compte ? C’est la première mondiale du tout premier film pornographique cent pour cent inclusif ! Et nous sommes invités dans le carré VIP, je… c’est merveilleux ! »
La soirée fut encore plus chiante que je l’avais prévu. Mon épouse immorale, vénale, opportuniste, brillante et somptueuse. Elle va le signer son contrat. Le film, lui, fut à vomir. Vide. Répugnant tant dans la forme que dans le fond, une ode au néant infini de la médiocrité et de la bien-pensance. Ma bourgeoise s’endort lourdement et rapidement, ivre autant d’alcool que de brillance sociale. Alors je me lève doucement et me connecte à mon serveur sombre. J’y stocke une bonne centaine de films interdits, de ces films que l’on regardait sur un écran en deux dimensions et dont la possession te vaut aujourd’hui le bagne à perpétuité. Je constate immédiatement que jon305112 m’a envoyé un message. Le mec a trouvé une perle rare. Je télécharge immédiatement et lance la lecture. Je ris, je pleure, c’est beau et chaud, une saga magnifique d’enfants libres dans un monde fait de promesses. Nom de dieu, jon305112, merci. Comment s’appelle cette oeuvre déjà ? Ah oui, “The Goonies”. Fabuleux. Une vision. En ce temps-là, la notion de film d’auteur avait un sens, et pas des moindres.
“Dystorporn à l’Excelsior” est initialement paru dans Maudit! Magazine no. 1.
