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La Vicomtesse

La vicomtesse, le maître queux et la saucisse

Ce réc­it, où se ren­con­trent Sophie Ros­top­chine et Marc Dor­cel, mêle clas­si­cisme pous­siéreux et perversion.


Vous appren­drez au tra­vers de cette lam­en­ta­ble et néan­moins édi­fi­ante his­toire, com­bi­en un com­porte­ment dénué de moral­ité peut infliger de souf­frances à des généra­tions entières d’êtres pour­tant des­tinés à la piété.
Une fable tout spé­ciale­ment des­tinée aux petites sottes et aux jeunes cons, à toutes les pucelles et puceaux écervelés qui doivent encore prou­ver au monde leur valeur dans cette vie dont ils ignorent tout des pièges sournois. Puis­sent-ils, et surtout puis­sent-elles, y décou­vrir les ver­tus de l’abnégation et le pou­voir divin de la bonne éducation.

Hon­oré-Gontran Belfiente, Vicomte de Mon­tau­cul et français de nais­sance, était venu s’établir en Suisse suite à un revers de for­tune qui l’avait ren­du per­sona non gra­ta sur le sol de sa mère-patrie. Il y avait lais­sé foule de créanciers irrités et vin­di­cat­ifs. Ses affaires tou­jours floris­santes l’emmenaient doré­na­vant aux qua­tre coins du monde. Des jun­gles impi­toy­ables de l’Afrique aux roy­aumes san­guinaires d’Extrême-Orient, des con­trées imp­ies de l’Arabie aux ter­ri­toires dégénérés de l’Amérique, le cupi­de Vicomte tra­ver­sait au péril de sa vie moultes ter­res bar­bares afin d’accroître encore sa for­tune déjà colos­sale. En effet, le tal­ent d’Honoré-Gontran pour le com­merce, ain­si que sa mal­hon­nêteté et son avid­ité, toutes deux sans bornes, avaient fait de lui un homme immen­sé­ment riche. Las ! Cette entre­prise ne lais­sait guère de temps à Belfiente de Mon­tau­cul pour trouss­er juste­ment son épouse.
La Vicomtesse ne comp­tait de ce fait plus les mois depuis la dernière fois où le Vicomte avait daigné four­rer son tun­nel d’amour. Elle ne les comp­tait lit­térale­ment plus, car elle avait beau être gra­cieuse et sen­suelle, elle n’en était pas moins sotte. Dès lors, elle ne savait compter que jusqu’à dix, le nom­bre de ses doigts. La gour­gan­dine onques ne pen­sa à dénom­br­er ses orteils, ce qui lui eût per­mis de compter deux fois plus.
Entourée de rus­tiques Helvètes qui n’étaient à ses nobles yeux que des man­ants grossiers et sans intérêt, Marie-Ves­pasi­enne de Mon­tau­cul se lan­guis­sait du Paris mondain, pleu­rant l’ivresse d’une bien­heureuse futil­ité à jamais per­due. Elle pas­sait ses journées esseulée et désoeu­vrée dans la vaste pro­priété d’Ouchy, sec­ondée par de nom­breux domes­tiques dont le tra­vail con­sis­tait à laiss­er à leur maîtresse toute lat­i­tude pour ne rien faire. Mais sous ses toi­lettes raf­finées, la coquine cachait une cochonne dépravée. une sor­cière hédon­iste assoif­fée de lux­u­re. Aus­si eut-elle vite fait d’identifier la spé­cial­ité sex­uelle de tout un cha­cun par­mi le per­son­nel de mai­son..
L’abbé Ver­mot, par exem­ple, pré­cep­teur de ses enfants, pos­sé­dait des mains qui étaient celles-là même du Dia­ble. L’homme sec et impuis­sant savait gliss­er avec une suave cru­auté ses longs doigts glacés dans cha­cun des trois trous dont la Créa­tion avait doté la Vicomtesse. Cette dernière fris­son­nait d’un plaisir mal­sain lorsque le saint homme s’affairait en elle. Oscil­lant entre jouis­sance et hor­reur, elle avait la sen­sa­tion que les doigts mau­dits la four­rageaient jusqu’au plus pro­fond de son être et vio­laient jusqu’à son âme.
Il y avait aus­si Shin­z­aburo, le maître d’armes japon­ais, que les longues absences répétées de Belfiente forçaient à une inac­tiv­ité qu’il abhor­rait. Le pau­vre homme s’était décou­vert un amour immod­éré pour les vins du Lavaux et avait bien fail­li som­br­er dans l’alcoolisme jusqu’à ce que Marie-Ves­pasi­enne décou­vrît qu’il pos­sé­dait une apti­tude naturelle pour les cordes et les noeuds. Très au fait des plus per­vers­es tra­di­tions du Soleil Lev­ant, le samu­rai s’était avéré Maître ès shibari, cet art qui con­siste à attach­er et sus­pendre des corps nus à l’aide d’une corde. Il procu­rait à sa proie entravée cette véri­ta­ble extase béate, appelée kôkot­su et dont la Mon­tau­cul raf­fo­lait tant.
Nous ne sauri­ons les énumér­er tous ici. Il suf­fit de savoir que la tru­ie avait su s’entourer d’une légion démo­ni­aque et lubrique afin de sat­is­faire le moin­dre de ses pen­chants per­vers.
Ceux de la vale­taille qui ne pos­sé­daient aucun tal­ent par­ti­c­uli­er que la Vicomtesse put utilis­er pour son pro­pre plaisir, furent rapi­de­ment con­gédiés. Seul Lui­gi, le cuisinier de souche pié­mon­taise, échap­pa à ce sort. Son père déjà cuisi­nait pour la famille de Mon­tau­cul, de sorte que Lui­gi et le Vicomte se con­nais­saient depuis leur plus ten­dre enfance. Les couloirs main­tenant vides du manoir vicom­tal doivent encore réson­ner des rires de leurs jeux d’enfants, et des gémisse­ments étouf­fés des deux garçons vivant leurs pre­miers émois char­nels entre com­pagnons de tou­jours. Un lien indé­fectible unis­sait les deux hommes, et jamais Hon­oré-Gontran n’eût accep­té que son ami se voie remercié.

L’histoire qui nous con­cerne se passe par une char­mante journée ensoleil­lée du beau mois de mai 1868. La Vicomtesse se réveil­la de fort bonne dis­po­si­tion ce matin-là. Après un petit-dêje­uner fru­gal et sain, elle s’accorda une pre­mière coupe de vin de Cham­pagne et fit man­der sa femme de cham­bre pour s’occuper de sa toi­lette. Eléonore, c’était son nom, pré­para métic­uleuse­ment le bain de sa maîtresse, ver­sant dans l’eau bouil­lante la dose voulue des dif­férents sels. Quand enfin l’eau eut atteint la tem­péra­ture req­uise, la soubrette pria hum­ble­ment sa dame de bien vouloir y plonger son corps lisse et voluptueux, qu’elle frot­ta et lava alors avec douceur et soin. La Vicomtesse se reti­ra ensuite dans son boudoir où elle se fit porter quelques vien­nois­eries au hashish, une drogue ori­en­tale qu’elle avait décou­verte à Paris grâce à Mon­sieur Baude­laire, un aspi­rant-poète taré et plain­tif aux vers geignards. Une demi-heure plus tard, alors que le stupé­fi­ant com­mençait à accom­plir son oeu­vre néfaste, une langueur irré­press­ible s’emparait de Marie-Ves­pasi­enne qui se lais­sa aller à quelque rêver­ie éro­tique. Elle fut vite débor­dée de visions épilep­tiques de chairs gon­flées et humides, de trous béants ruis­se­lant de mouille et de foutre, brusqués par des mem­bres ten­dus ou des objets aux formes anor­male­ment vicieuses. Bien­tôt le corps de la salope se ten­dit, sa chair, écorchée vive par la drogue mau­dite, hurlait de manque. Elle son­na fréné­tique­ment Eléonore qui trou­va sa maîtresse affalée dans son plus sim­ple appareil sur le grand sofa. Le fruit enflé de désir de la Vicomtesse déjà lais­sait per­ler son jus de baise entre les cuiss­es large­ment écartées : « Tu en as mis du temps, la souil­lon ! Les pinces ! Les pinces et la lèche ! »
La putain répon­dit preste­ment à l’ordre de sa maîtresse qui savait se mon­tr­er cru­elle lorsqu’insatisfaite. Age­nouil­lée au pied du sofa, elle ache­va de faire dard­er les nobles mamel­ons en les trit­u­rant de trois doigts cha­cun, après quoi elle s’arma des pinces à tétons chi­nois­es. Eléonore lais­sa douce­ment les embouts d’or rouge se refer­mer sur les pitons mam­maires dressés de l’obsédée despo­tique. Très déli­cate­ment, elle saisit les ailettes fine­ment ouvragées à l’image d’ailes de papil­lon et com­mença a tourn­er, par gestes longs et réguliers, aug­men­tant chaque fois la pres­sion de l’instrument ori­en­tal dément sur le doux sein. La Vicomtesse lais­sa échap­per un râle de douleur alors que le pince­ment se fit cru­el. Elle attra­pa la chevelure de sa catin qu’elle dirigea vers sa vul­ve flam­boy­ante. Eléonore plongea sa bouche experte entre les cuiss­es de la Mon­tau­cul et entre­prit d’explorer les abor­ds du sexe en sueur. Elle léchait, bai­sait, mordil­lait entre­jambe et lèvres et par­fois sa langue s’égarait dans l’anus vicom­tal ou venait frétiller avec légèreté sur son bou­ton. La Vicomtesse se cam­bra et pres­sa plus le vis­age de la camériste con­tre sa chat­te. D’une main Eléonore écar­tait petites et grandes lèvres, sa langue pré­cise se prom­e­nait le long du cli­toris tout en l’excitant de vives lèch­es trans­ver­sales qui fai­saient se tré­mouss­er et glouss­er l’enragée lib­er­tine. De son autre main la camériste avait agrip­pé la chaîne ser­tie de pier­res étince­lantes qui reli­ait les deux pinces mam­maires. Elle lev­ait, tirait, tendait, éti­rait les nichons brûlants. Bien­tôt Marie-Ves­pasi­enne explosa de tout son être, elle jouit longue­ment et cria, le bassin agité de soubre­sauts. Soudain sub­mergée, elle refer­ma son entre­cuisse et envoya sa ser­vante au sol d’un coup de pied sec et ajusté. Cette dernière sachant son tra­vail fini, se reti­ra silen­cieuse­ment.
Viv­i­fiée par ce traite­ment, la Vicomtesse ne souhai­ta pas en rester là. Toute frétil­lante de l’anus, elle déci­da d’aller trou­ver le garçon d’écurie. Elle appré­ci­ait en effet le vigoureux jeune homme pour son long mem­bre auquel le gland pro­tubérant don­nait une forme de champignon. D’un diamètre médi­an, il était par­fait pour la sodomie. Marie-Ves­pasi­enne avait tou­jours con­sid­éré le coït anal comme la forme de con­tra­cep­tion la plus effi­ciente. Elle pas­sa une robe de cham­bre, longea rapi­de­ment la galerie d’étage sur­plom­bant le vestibule, et pous­sa la porte de l’escalier de ser­vice qu’elle descen­dit en toute hâte. C’était là effec­tive­ment le chemin le plus court pour attein­dre les écuries. La Vicomtesse ren­con­tra Berthe alors qu’elle s’apprêtait à tra­vers­er les cuisines. La grosse ser­vante, ren­due suante par le dur mais juste labeur déjà accom­pli depuis l’aurore, asti­quait énergique­ment une pièce d’argenterie lorsque sa patronne s’immobilisa devant elle. Le regard de la Vicomtesse, sem­blant réfléchir un instant, se perdit briève­ment dans les vastes mamelles de la domes­tique porcine, qui trem­blotaient et remuaient au rythme vif du frottage.

— Laisse là ton ouvrage, inti­ma subite­ment la Mon­tau­cul. Je dois me ren­dre aux écuries pour quelque asti­quage bien plus essen­tiel que celui-ci, et je me sens d’humeur à subir un lave­ment préal­able.
— Très bien, Madame. Si vous voulez bien vous ren­dre dans votre salle d’eau, je vous y rejoindrai une fois que tout est pré­paré pour votre ser­vice.
— Que nen­ni ! Je souf­fre d’envies pres­santes et ne saurai atten­dre plus. Nous fer­ons dès lors notre affaire ici-même, en cui­sine. Mon déli­cat tré­fonds demande quelque suavité avant l’enculage, aus­si utilis­erons-nous du lait d’ânesse tiède aujourd’hui.
— A votre aise, Madame, obéit Berthe qui mit le liq­uide à chauf­fer douce­ment non sans avoir préal­able­ment ajouté la dose pre­scrite d’opiacés.
— Voilà qui me sied, approu­va la Vicomtesse tout en s’assoyant avec élé­gance à la table de l’office. Main­tenant apporte-moi donc cette bouteille de por­to et un verre. Et va‑t’en quérir Romuald.

Berthe obtem­péra avec dili­gence bien que la présence de Romuald lors du lave­ment, promesse de souil­lures infâmes, ne lui dît rien qui vaille. Mais elle con­nais­sait la frénésie hys­térique qui habitait sa maîtresse chérie en cet instant et savait que le plus petit con­tretemps ou le moin­dre faux-pas, comme le lait un peu trop chaud, lui vaudraient le fou­et. Ain­si fut-elle de retour sans délai, suiv­ie quelques min­utes plus tard de l’employé req­uis par sa dame. Romuald était le compt­able masochiste du Vicomte, un être servile devenu rapi­de­ment la proie favorite des élans sadiques ponctuels de l’épouse de son patron. Sous ses tor­tures cru­elle et inven­tives, le jeune homme frag­ile avait atteint la béat­i­tude dans l’avilissement. Ain­si, au gré des humil­i­a­tions, Romuald, bercé par un doux sen­ti­ment de pléni­tude, avait fini par trou­ver une famille chez les Mon­tau­cul. Il leur vouait une fidél­ité et un amour cor­dial tous deux sans failles, et lut­tait avec fougue et pas­sion pour la san­té et la prospérité finan­cières de ses maîtres. Il trou­va la Vicomtesse penchée sur la grande table de l’office, son verre de por­to dans une main et la bouteille dans l’autre. Berthe avait déjà relevé la robe de cham­bre, révélant le cul dressé et impa­tient de l’odieuse patrici­enne qui inti­ma : « Retire tes frusques, porc. Et allonge-toi dos au sol. Suite au lave­ment, je t’offrirai le sac­ri­fice eucharis­tique de mon fonde­ment. »
Berthe s’en alla chercher la casse­role de lait tiède opi­acé et la plaça idéale­ment pour l’ouvrage à venir. Elle ouvrit ensuite l’imposant buf­fet dont elle tira la poire à lave­ment famil­iale en porce­laine de la man­u­fac­ture Roy­al Limo­ges. Enfin, elle déposa un petit tabouret juste der­rière la Vicomtesse. Mais soudaine­ment cette dernière s’offusqua en con­sid­érant le corps mince et main­tenant nu de Romuald, coupant net la ser­vante dans son tra­vail : « L’ignoble pourceau bande déjà ! Je ne goûte nulle­ment que cet étron éprou­ve un quel­conque plaisir sex­uel durant l’opération. Berthe, Berthe, Berthe ! Règle-ça ! Et avec dili­gence ! Par tous les dieux ! » Osten­si­ble­ment irritée par cet imprévu, ladite Berthe posa la poire et rem­por­ta en soupi­rant la casse­role à tem­pér­er. Elle glis­sa le petit tabouret à portée du jeune homme trem­blant, y assit sa croupe grasse et entre­prit de tra­vailler à la main le petit pénis dar­d­ant du compt­able. Bien vite, elle asti­qua avec véhé­mence sa pine qui se ten­dit à l’extrême. Mais bien­tôt la véhé­mence devint vio­lence et le pau­vre garçon lais­sait échap­per maints geigne­ments tan­dis que la grue obèse le bran­lait bru­tale­ment de sa main rêche et boud­inée. Romuald se mor­dait la lèvre inférieure pour réprimer tout cri lorsque sa queue rougie, saisie de spasmes, exha­la douloureuse­ment de longs jets de semence.
L’esclave avait pour inter­dic­tion formelle de se mas­turber ou de forni­quer afin de con­serv­er l’entier de son liq­uide sémi­nal pour sa maîtresse. C’était là l’une des nom­breuses direc­tives qui peu­plaient son quo­ti­di­en et aux­quelles il obéis­sait scrupuleuse­ment.
Sa besogne ain­si achevée, Berthe essuya le foutre de sa main sur le vis­age de Romuald ain­si que sur sa chevelure qu’elle agrip­pa ensuite pour pro­jeter sa vic­time à terre : « Net­toie-moi c’te crasse mènant. » Le compt­able entre­prit de léch­er con­scien­cieuse­ment le sperme répan­du sur le sol de la cui­sine et Berthe put enfin se con­sacr­er à sa maîtresse. Bien instal­lée à hau­teur du noble cul, elle en écar­ta les fess­es, dévoilant l’oeillet affamé qui sem­blait pulser de désir. Elle déposa une belle motte de sain­doux à son entrée et enfonça enfin la poire à lave­ment dans le fion de la Vicomtesse. Celle-ci soupi­rait d’aise alors que le liq­uide lui péné­trait lan­goureuse­ment l’anus pour se dévers­er dans sa panse. Berthe répé­ta encore maintes fois l’opération jusqu’à ce qu’après l’ultime poire, sa dame, enfin, exhalât en un long râle : « Aaaaar­rrh, oui, je suis pleine, aaah… »
La Vicomtesse avait lais­sé tomber son verre de por­to, elle pous­sait de rauques soupirs alors que son trou de cul lais­sait échap­per moultes petites flat­u­lences mouil­lées. Elle se rel­e­va, les entrailles gavées et dégouli­nantes, et alla se plac­er jambes écartées au-dessus du vis­age de Romuald, main­tenant éten­du dos au sol sur le froid car­relage. Aus­sitôt une cas­cade infâme de diar­rhée lai­teuse se déver­sa sur la gueule et dans la bouche de son esclave qui, saisi d’un irré­press­ible haut-le-coeur, éruc­tait bruyam­ment alors qu’il avalait l’atroce nec­tar anal.

C’est alors que Marie-Ves­pasi­enne déchargeait bruyam­ment une dernière dégouli­nade rec­tale que Lui­gi sur­git fort inop­por­tuné­ment dans la cuisine :

— Dis­grazi­a­ta ! Mignot­ta ! Quand le Vicomte saura quelle gueuse nymphomane tu es, il en sera fini de toi, sguald­ri­na !
— Com­ment oses-tu, larbin ! user d’un tel ton envers ta maîtresse ?
— Tu seras chas­sée, jetée à la rue sans le sou. Haaaaa ha, tu pour­ras enfin accom­plir ton des­tin de traînée ! Retourne donc dans ce Paris que tu chéris tant ! Un bor­del, sans doute, acceptera une déchue de la haute pour y ven­dre sa chair, qui bien vite se flétri­ra sous les abus des con­som­ma­teurs vicieux. Alors ta vraie nature se révélera au monde, lorsqu’enfin tu ne seras plus qu’un sac à foutre informe et fané. Alors, oui alors Hon­oré-Gontran recon­naî­tra ma fidél­ité et ma flamme, pures et intactes mal­gré les années d’attente et de frus­tra­tion, et alors oui, oui nous pour­rons nous aimer, libres, enfin, pour tou­jours et à jamais !!!

Lui­gi sor­tit comme par magie une pointe sèche de sous sa toque de chef, s’empara d’une large poêle en cuiv­re et entre­prit d’y graver fidèle­ment la scène mon­strueuse dont il venait d’être le regret­table témoin. La pho­togra­phie était alors encore l’affaire de quelques rares sci­en­tifiques. La Vicomtesse perdit pied bru­tale­ment. Elle se saisit de l’attendrisseur à viande et se rua, nue et hurlante, sur l’injurieux cuisinier homo­sex­uel. Elle bran­dit haut le lourd mail­let métallique au moyen duquel elle défonça d’un geste ample le crâne pié­mon­tais, qui écla­ta comme une pastèque trop mûre.
Le corps de l’homme s’écroula comme une chiffe molle. Une immense mare de sang s’écoula de la ruine de tête encore accrochée au reste de la per­son­ne. La Vicomtesse res­ta immo­bile, livide, chance­lante dans sa chair et dans son esprit niant la nature bien réelle du cadavre mutilé qu’elle con­sid­érait l’oeil vide… « Madame, Madame ! Le Vicomte ! »
Des appels et des pas rapi­des reten­tirent dans le couloir menant à l’office au sol baigné de sang, de bouts de cerveau, de frag­ments osseux et de jus intesti­nal lac­té à la merde et à l’opium. Il y en avait jusque sur les murs. Marie-Ves­pasi­enne retrou­va soudain sens et rai­son : « Écoutez-moi bien. Il en va de notre vie à tous. Berthe, vois ce qu’il en est de ce tapage domes­tique et débar­rasse-nous de tout impor­tun. Romuald, net­toie avec élan, fais dis­paraître les traces com­pro­met­tantes de ce fâcheux inci­dent ! »
Le compt­able n’avait de sa vie jamais ressen­ti ter­reur si épou­vantable. Nu, sali et trem­blant, il s’était recro­quevil­lé dans un coin som­bre et ser­rait con­tre lui le seau d’ordures ali­men­taires des­tinées aux cochons en pleu­rant. Mais aux ordres dic­tés par sa maîtresse, la nature masochiste du garçon reprit le dessus, enfouis­sant l’effroi et l’horreur du moment dans quelque obscur repli secret de son âme déjà sor­dide et per­tur­bée. Il se mit preste­ment à qua­tre pattes et entre­prit de léch­er, à nou­veau, le sol de la cuisine :

— Ver­tudieu, mais cesse donc, imbé­cile ! Tu ne parvien­dras jamais à tes fins de la sorte, va trou­ver Eléonore et portez tous deux ici les eaux de mon bain mati­nal, ain­si que force chif­fons.
— Madame, me voici por­teuse de nou­velles graves que je tiens de Wil­frid-Siegfrid, s’exclama Berthe, de retour de sa brève enquête.
— Eh bien par­le, la gueuse ! Quel est donc cette chose si ter­ri­ble qui tant trou­ble notre teu­tonne tante domes­tique ?
— Votre époux, Madame, est de retour plus tôt que prévu. Mon­sieur le Vicomte est arrivé tan­tôt par la dili­gence postale de Coire. Il sera en ces murs avant peu.
— Cette chose au sol, qu’est-ce donc ? L’un de tes tristes hail­lons ?
— Un sac de patate vide, Madame.
— Eh bien porte-le céans, et munis-nous d’outils pour découper le cadavre de l’italien en pièces telles que nous puis­sions les y four­rer.
— Nous voilà, Maîtresse, annonça Romuald qui, de retour, por­tait avec Eléonore la baig­noire encore rem­plie de la Vicomtesse, servi­ettes et draps.
— Oh mon Dieu, qu’est-il advenu en ces lieux, s’exclama la camériste man­quant de défail­lir ?
— J’ai demandé à Berthe d’apprêter un san­gli­er pour le retour de Mon­sieur, répon­dit vive­ment sa patronne. Mais l’animal était sauvage et a fait mon­tre de vio­lence. Il s’est tant et tant débat­tu que nous avons dû l’achever.
— Un san­gli­er, apprêté de la tenue de Lui­gi ?
— Une bête effec­tive­ment démo­ni­aque, certes !

Armées de hachoirs, de sci­es et de mail­lets, Berthe et Marie-Ves­pasi­enne se mirent à l’oeuvre, brisant et tran­chant la dépouille de l’infortuné cuisinier. Autour des deux femmes dia­boliques, Eléonore et Romuald épongeaient et récu­raient avec pas­sion, portés par une sainte fer­veur que seuls con­nais­sent les hum­bles qui, comme eux touchés par le Seigneur, ont reçu Son don sous la forme de cette incli­nai­son naturelle à servir leurs supérieurs dans la fidél­ité béate et la joie servile. La Vicomtesse se félici­ta en cet instant pré­cis d’avoir su choisir sa vale­taille avec la plus émi­nente sagesse.
Une fois les restes dépecés de Lui­gi dûment rangés dans le sac à patates, Berthe se vit ordon­ner de faire dis­paraître à jamais l’embarassant fardeau, Eléonore et Romuald, quant à eux, furent som­més de quit­ter prompte­ment les lieux avec la baig­noire main­tenant rem­plie de servi­ettes ensanglan­tées. Les domes­tiques par­tis, la cui­sine avait l’air ma foi très con­ven­able. La Vicomtesse scru­ta très pré­cisé­ment la pièce pour s’assurer qu’il ne restât nulle trace de son méfait. Alors qu’elle jetait un oeil sous la grande table, elle fut saisie d’une ter­reur telle que son sang se glaça : l’on avait oublié là un atroce mon­tic­ule, un mon­ceau de restes broyés de Lui­gi. Sur le haut du tas san­guino­lent, pris dans l’amas de cervelle, de débris osseux et de cheveux, sail­lait un oeil : de l’au-delà, le mal­heureux cuisinier sem­blait fix­er sa meur­trière, la maud­is­sant d’un ultime regard cour­roucé. Prise de panique, la vilaine dame s’empara d’une cuvette qu’elle emplis­sait, à main nue, de la masse sanglante, lorsqu’elle se vit ain­si apostrophée :

— Eh bien eh bien, ma très chère épouse ! Je venais aux nou­velles auprès de Lui­gi et je vous trou­ve céans en fort gênante pos­ture. Sous la table la croupe en l’air ! Voilà qui est bur­lesque. Sachez, Madame, que je piaffe d’impatience, tel un jou­venceau, à l’idée de vous mon­ter prochaine­ment. Les catins sémites que j’ai fréquen­tées lors de mes récents voy­ages se sont avérées las­santes sur la longueur.
— Hon­oré-Gontran, mon cher ! Quelle joie de vous voir ren­tré en ce jour, men­tit la Vicomtesse en se rel­e­vant la cuvette à la main.
— Il est peu com­mun de vous voir à l’office. Mais que tenez-vous là ? Quelle est donc cette mys­térieuse élab­o­ra­tion culi­naire ?
— Ah, ceci… ceci, fig­urez-vous, est une sur­prise.
— Vous m’excitez, Marie-Ves­pasi­enne, vous me tit­illez ! Allons, dites m’en davan­tage, j’insiste : que dia­ble tenez-vous là ?
— Ceci, Mon­sieur, est de la chair à saucisse, déclara Berthe, dont le retour très prop­ice sau­va la Vicomtesse de l’embarras.
— Tiens donc. Une recette de ce brave Lui­gi ?
— Ah non, Mon­sieur, c’est une recette que nous avons élaborée avec Madame pen­dant que vous étiez loin, aus­si vrai que j’vous l’dis ! De la saucisse à la cervelle exprès pour vous, qu’elle voulait Madame !
— Certes, mon ami, pour­suiv­it la Vicomtesse. Et prév­enue de votre retour pré­maturé, j’ai décidé d’aider Berthe à con­fec­tion­ner de ces sauciss­es… moi qui entendais vous grat­i­fi­er d’une sur­prise, j’ai fail­li.
— Allons, allons, ma femme chérie, ne vous lamentez pas. Votre amour pour moi vous rend infin­i­ment inven­tive et votre atten­tion m’émeut sincère­ment : apprenez que je me réjouis de déguster votre créa­tion ! Mais pour l’heure, où est donc ce char­mant coquin de Wil­frid-Siegfrid ? J’ai mille anec­dotes à lui dicter, mais en sa com­pag­nie je com­mencerais bien par une décoc­tion de feuilles de coca, suiv­ie d’une par­tie de boxe française autour d’une bouteille de mezcal.

Le Vicomte tour­na alors les talons sans plus un mot et quit­ta les deux femmes en appelant avec insis­tance son loy­al secré­taire féru de noble art et de stupé­fi­ants exotiques.

Toi qui me lis, reprends espoir ! Le pire pour toi est passé car nous voilà bien­tôt arrivés au terme de cette sor­dide his­toire.
Une fois Belfiente par­ti trou­ver Wil­frid-Siegfrid, la Vicomtesse, mal­gré tout très choquée par les récents événe­ments, se reti­ra dans ses apparte­ments où elle s’enivra méthodique­ment de cham­pagne ral­longé de liqueur de fram­boise. Berthe s’en alla broy­er encore plus les derniers restes de Lui­gi jusqu’à l’obtention d’une chair rose et onctueuse dont elle con­fec­tion­na d’épaisses sauciss­es liss­es et bril­lantes. La ser­vante les mit à cuire mais se trou­va bien emprun­tée lorsqu’il fal­lut com­pos­er un plat. Elle tira du seau aux cochons des pommes de terre du dîn­er de la veille qu’elle jeta dans un plat. Elle y incor­po­ra les sauciss­es en tranch­es, ajou­ta per­sil frisé et ciboulette pour enfin noy­er le tout sous une may­on­naise à son image, grasse et puante. La Vicomtesse, bien sûr, n’ignorant rien de la com­po­si­tion des sauciss­es, pré­tex­ta une quel­conque indis­po­si­tion pour ne pas avoir à y goûter. Le Vicomte, qui était un piètre palais, fut trans­porté par le repas de la grosse Berthe. Il ne taris­sait plus d’éloge sur cette nou­velle saucisse inven­tée par sa femme. Il la jugea si déli­cieuse que, dès le lende­main il en fit brevet­er la recette sous le nom de « cerve­las ».
L’ignominieuse saucisse a depuis con­nu bien des déboires. Elle ne con­tient par exem­ple plus de cervelle, un élé­ment de sa com­po­si­tion vecteur d’humeurs ani­males sou­vent fatales à l’homme.
Mais le cerve­las, envers et con­tre tout, n’a jamais cessé d’exister depuis ce som­bre jour de mai 1868. Dès lors, des généra­tions de jeunes Suiss­es ont dû régulière­ment se sus­ten­ter de cette immondice, cette géhenne gas­tronomique qu’est en réal­ité la salade de patates au cerve­las. Tant et tant de jeunes gens ont souf­fert, et souf­frent encore, l’inique mar­tyr culi­naire trou­vant son orig­ine dans le meurtre infect com­mis par une sor­cière obscène oubliée de tous nom­mée Marie-Ves­pasi­enne de Montaucul.


La vicomtesse, le maître queux et la saucisse” est ini­tiale­ment paru aux Edi­tions Lubric-à-brac.

Marie-Vespasienne de Montaucul
Omega Kekerasan