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Adieu

L’adieu aux trottinettes

Justin sen­tit une goutte de sueur gliss­er le long de sa tempe alors qu’ap­prochait le moment où il serait scan­né. Il ver­rait alors si la con­tre­façon de sa biop­uce d’i­den­tité valait le prix qu’il avait payé. Il devait pass­er cette douane et quit­ter le ter­ri­toire de la République main­tenant. Il faut dire que tout était allé très vite depuis que le par­ti sovi­et-calvin­iste avait repris le pou­voir. Le par­ti avait immé­di­ate­ment statué en faveur du port oblig­a­toire du masque per­ma­nent. Deux semaines plus tard, l’E­tat com­mandait suff­isam­ment de masques MKP‑2 à John­son & John­son pour en équiper l’en­tier de sa pop­u­la­tion. Ce soir dès minu­it, les flics de la Pol­san lanceraient l’opéra­tion de masquage per­ma­nent.
Oh, ils sont très biens les MKP‑2 per­ma­nents, impos­si­bles à retir­er, ils ont tout ce qu’il faut pour sim­pli­fi­er le quo­ti­di­en. Acti­va­tion automa­tique de l’embout nutri­tion­nel pour la con­som­ma­tion de bois­son et nour­ri­t­ure liq­uide à heures régulières. Sys­tème de net­toy­age interne au laser, l’as­sur­ance d’une hygiène buc­cale, nasale et der­mique opti­male. Et cetera… Mais Justin était un bon gars, ce qu’il ado­rait le plus avec sa com­pagne, c’é­tait le cun­nilin­gus, la « trot­tinette », comme ils dis­aient entre eux. Justin était un suceur de moule émérite et pas­sion­né, et l’an­nonce du masque per­ma­nent oblig­a­toire le plongea dans les affres du dés­espoir. Il lui serait à jamais inter­dit de faire une « trot­tinette » ain­si masqué. Il pro­posa à Brit­ney de s’en­fuir avec lui, elle pani­qua et menaça de le dénon­cer à la Pol­san.
Fou de douleur, il dut alors dis­paraître et se cacher pour enfin aboutir ici, dans une file d’at­tente à la douane. C’é­tait son tour. Justin s’a­vança sous le por­tique. La lumière devint rouge, immo­bile il se lais­sa scan­ner. Après de trop longues sec­on­des, la lumière pas­sa au vert. Cachant au mieux son exci­ta­tion, Justin sor­tit du bunker des douanes. Il venait d’en­tr­er en zone non-gou­verne­men­tale. Il était libre.
Mais Brit­ney lui man­quait ter­ri­ble­ment. Ce soir-là, il se procu­ra 3 grammes de méta­co­caïne, but de la vod­ka sans mod­éra­tion et s’of­frit les ser­vices d’une obèse péri­patéti­ci­enne con­goïde. C’est là, alors qu’il déchargeait son jus dans le rec­tum de la pute, qu’il con­trac­ta le sida. Faute de pou­voir accéder à des thérapies adéquates dans la sub-zone, il en mou­rut quelques années plus tard, seul et aban­don­né de tous.


L’adieu aux trot­tinettes” est ini­tiale­ment paru dans Mau­dit! Mag­a­zine no. 8.

Omega Kekerasan